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Que fait la police ? (chronique de reconfinement FB n°3)

Ce matin, afin de lutter contre la confusion mentale qui commence à frapper une bonne partie de la population, moi le premier, j’ai décidé d’aller vérifier que nous sommes effectivement confinés, car ce n’est pas en restant tranquillement enfermé chez soi qu’on pourra en avoir la confirmation. C’est sans doute la raison pour laquelle nous sommes si nombreux à sortir. Je suis donc parti bille en tête à la recherche active d’un contrôleur de la réalité du confinement, affublé en temps de paix du sobriquet de policier municipal, avec la très ferme intention de me faire sanctionner, en veillant bien à ne respecter aucun des deux gestes barrière pourtant reconnus par le conseil scientifique comme indispensables à la lutte contre la propagation du virus : ne pas s’éloigner de plus d’un kilomètre de son domicile, et être muni d’une attestation de déplacement dérogatoire. Comme j’ai mis plus d’une heure à trouver enfin un agent, je me suis retrouvé, en tant qu’individu éloigné sans raison depuis plus d’une heure à plus d’un kilomètre de son domicile, triplement complice de la saturation des services de réanimation. Le problème est que l’agent ne semblait pas du tout, lui, avoir l’intention de me contrôler ! Mais que fait la police ? Pourtant, ils étaient quatre la semaine dernière à Biarritz pour neutraliser et verbaliser une délinquante de 93 ans qui continuait à prendre son bain de mer quotidien dans le plus grand mépris du décret 2020-1310 n’autorisant qu’à marcher de manière dynamique sur la plage. En tout cas, elle l’aura bien cherché. Non, mon policier à moi, lui, n’était visiblement pas en service, il était tout occupé à son click and collect, et il s’est dirigé vers la librairie du coin pour récupérer sa commande, puis est reparti sans même me jeter un regard. « Excusez-moi Monsieur l’agent, vous lisez quoi ? lui ai-je quand même demandé – Hein ? Ah euh… Crime et châtiment… - Une recommandation de la hiérarchie ? – Non, mais faut bien occuper ses soirées, je vous rappelle que les théâtres et cinémas sont fermés… Bon allez, monsieur, circulez, j’ai du travail, moi, et pensez quand même à remettre votre masque ! » Je me suis dit que ce policier, c’est comme le deuxième confinement, ça devait être une blague ou un canular, mais j’ai quand même eu une envie irrépressible de l’embrasser, me rappelant in extremis que, si c’était en 2015 une manifestation de gratitude pour l’action de la police contre le terrorisme, c’est devenu en 2020 un acte terroriste.

Alors je suis rentré chez moi, me confiner juste ce qu’il faut, entre la poire et le fromage, dans un état de confusion mentale beaucoup plus grande qu’au départ. La prochaine fois, j’essaierai d’expliquer aux enseignants comment concilier le protocole anti-covid qui suppose de respecter la distance entre les élèves et d’ouvrir le plus possible les salles de classe, et le protocole de protection contre les « attaques-intrusions terroristes », qui précise qu’on doit fermer la classe de manière étanche et veiller à une plus grande proximité entre les élèves pour les rassurer.

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